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 Et si on parlait Harmoniques?

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Richaud

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MessageSujet: Et si on parlait Harmoniques?   Ven 21 Oct - 19:27

Petit mais vaste sujet que celui des harmoniques à l'orgue.
Voilà donc un petit débrousaillage du sujet, interruptions bienvenue même et surtout pour les "bébés-roses-avec-moustache". lol!

On va tout de suite laisser de côté les indications "harmonique" que l'on trouve sur les tirants de registres, parce-que:
Trompette Harmonique veut dire que le dessus du jeu fait deux fois la longueur normale, alors que la note est la même.
Pareil pour Flûte Harmonique, le dessus est deux fois plus long que prévu.

Un peu différent pour Plein-Jeu Harmonique, ce qui indique qu'il y a moins de tuyaux par note dans le bas que dans le haut. Le nombre est quelquefois indiqué: Plein-Jeu Harmonique II à V rangs.

Et on attaque les harmoniques de base d'une note ordinaire, comme vous et moi.
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Richaud

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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Ven 21 Oct - 19:41

Pour bien clarifier la chose, on se basera sur la note la plus grave d'un jeu qui servira de référence à toutes les autres.

Les harmoniques d'un son fondamental donné (une fréquence donnée, càd le nombre de vibrations par seconde, exprimé en Hertz (Hz)) sont les vibrations mathématiquement multiples de celles du son fondamental.

Ainsi, pour une note à 100 Hz, on a les multiples correspondants: 200Hz (2x), 300Hz (3x), 400 Hz (4x), etc...1000 Hz (10x)...

Alors à chaque harmonique correspond donc un nouveau son plus aigü mais tous ces sons sont liés par "un air de famille" puisqu'ils sont multiples.

A l'orgue, on a une unité de mesure de la fréquence qui est un peu différente, on chiffre la longueur du tuyau ouvert qui donne la note correspondante. Et comme on veut simplifier encore plus, on chiffre ça en PIED DE ROI, soit 32.45 cm.

Ce chiffrage est complètement anarchique, puisque dans la réalité, des tuyaux qui donnent la même note ne font pas forcément la même longueur, c'eût été trop simple. Mais bon, maintenant que c'est fait. scratch

Ainsi un registre de 8' (8 pieds de roi soit 2.60m environ) signifie que le premier tuyau du jeu (le plus long) donne un DO comme celui du piano. Ce tuyau donne une note de fréquence de 65 Hz environ.

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Richaud

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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Ven 21 Oct - 20:13

Alors on est prêt à charcuter tout ça.

Si on prend un tuyau de 8', et qu'on le coupe en deux, on obtient un tuyau de 4' et un déchet de coupe qui ne sert à rien. Ce tuyau de 4' (1.30m) donne aussi un DO mais il va deux fois plus vite (130 Hz), il est à l'octave aigüe du tuyau pas coupé. C'est aussi son premier multiple (2x) nommé premier harmonique du 8'.

On peut aussi reprendre un tuyau de 8', et le couper en trois, on obtient un tuyau de 2,6667' et deux déchets. On chiffre la longueur du tuyau par sa valeur en fractions, soit 8/3', ce qui correspond à 2 pieds + deux tiers de pied, que l'on écrit 2'2/3. C'est le second harmonique du 8'

On coupe le tuyau de 8' en 4, et on obtient un tuyau de 2', soit 8/4' troisième harmonique du 8'

On coupe le tuyau de 8' en 5, et on obtient un tuyau de 1.6', soit 8/5', quatrième harmonique du 8', que l'on écrit 1'3/5

On coupe le tuyau de 8' en 6, et on obtient un tuyau de 1.333', soit 8/6', cinquième harmonique du 8', que l'on écrit 1'1/3

On coupe le tuyau de 8' en 7, et on obtient un tuyau de 1.143', soit 8/7', sixième harmonique du 8', que l'on écrit 1'1/7

On coupe le tuyau de 8' en 8, et on obtient un tuyau de 1', soit 8/8', septième harmonique du 8', que l'on écrit 1'

On coupe le tuyau de 8' en 9, et on obtient un tuyau de 0.8889', soit 8/9', huitième harmonique du 8', que l'on écrit 8/9'.

Et on arrête de couper. parce-que ça devient pénible.
Alors tous ces tuyaux sont cousins de la note de 8', mais ils ne donnent pas forcément une note du même nom! pour un Principal de 8':
'
Coupé en deux, un do donne un do à l'octave supérieure (Prestant 4'), mais coupé en trois, il donne un SOL naturel, ou quinte de DO (Quinte 2'2/3), une note un petit peu plus haute que le SOL correspondant du clavier.
Coupé en quatre, on obtient à nouveau un DO, mais deux octaves plus haut (Doublette 2'), et coupé en cinq, il donne un MI naturel, une note voisine du MI du clavier (Tierce 1'3/5).

Coupé en six, on obtient une note à l'octave aigüe du tuyau coupé en trois, (Quinte 1'1/3 ou Larigot 1'1/3)

Coupé en sept, on obtient une note qui ne se trouve pas sur un clavier, la Septième naturelle 1'1/7, située à mi-chemin entre un LA et un SI bémol.

Coupé en huit, on obtient à nouveau une octave (DO), c'est le Sifflet 1', plus petit jeu simple de l'orgue.

Enfin, coupé en neuf, on obtient une note à nouveau inconnue sur le clavier, la Neuvième naturelle 8/9', qui est à la quinte juste du tuyau de 2'2/3, grosso-modo un Ré.


Voilà, vous les avez tous. On les trouve au complet sur les plus grands instruments, soit sous forme de principaux:
Principal 8', Prestant 4', Quinte 2'2/3, Doublette 2', Tierce 1'3/5, Quinte 1'1/3, Septième 1'1/7, Sifflet 1', Neuvième 8/9'

Soit sous forme de flûtes, bouchées dans les basses et ouvertes dans les dessus:/
Bourdon 8', Flûte 4, Nazard 2'2/3, Quarte de Nazard 2', Tierce-Flûte 1'3/5, Larigot 1'1/3, Septième-flûte 1'1/7, Piccolo 1', Neuvième-Flûte 8/9'

Et on peut changer d'octave de départ en prenant un 16' au lieu d'un 8', voire un 32'. Je vous laisse calculer et je relève les copies demain. lol!


Dernière édition par Richaud le Sam 22 Oct - 9:40, édité 1 fois
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dulciane

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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Ven 21 Oct - 20:49

study

16' 8' 5'1/3 4' 3'1/5 2'2/3 2'2/7 2'

32' 16' 10'2/3 8' 6'2/5 5'1/3 4'4/7 4'


je suppose que la quinte de la note do est accordée à la même hauteur que la note sol et non pas laissée à la hauteur naturelle et ce quelque soit le tempérament de l'orgue? (et idem pour les autres)
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DGW

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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Ven 21 Oct - 21:07

Ben si, sinon tu aurais un nazard céleste.
Et pour la tierce, je ne raconte pas l'horreur, horreur que l'on rencontre dans certains "unit" chez lesquels les mutations sont issues des jeux fondamentaux.
Et le Cornet ? (8 + 4 + 2.2/3 + 2 + 1.3/5) Tu imagines un cornet tempéré égal ?
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http://www.organologie.eu
darinze



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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Ven 21 Oct - 21:27

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Thomas G



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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Ven 21 Oct - 21:43

Donc même chez Cavaillé-Coll le nasard de la note do n'est pas vraiment un sol de l'octave du dessus ?

Autre question : accorde t-on de la même manière une sesquialtera et une quinte et tierce séparées ?
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Richaud

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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Sam 22 Oct - 10:01

Comment on accorde les jeux de mutations décrits çi-dessus?
C'est à la fois simple et pas évident.
On oublie tout de suite l'analogie avec les autres notes du clavier. Quand une mutation donne une quinte ( SOL naturel pour un DO joué) cette note n'existe pas sur le clavier, car la note qui est la quinte d'une autre n'est pas son multiple, mais une approximation due au partage de l'octave en 12 demi-tons.

Les seuls jeux d'harmoniques que l'on peut accorder sur le clavier sont les octaves, qui en principe sont justes entre-elles, sauf sur le tempérament Cordier, qui n'est pas exploitable à l'orgue.(ouf!)

Donc, on accorde les jeux "au battement", c'est à dire que l'on joue un DO déjà accordé, on ajoute le jeu de mutation et on l'accorde jusqu'à disparition des battements de désaccord. C'est logique, puisque les harmoniques sont des multiples de la fondamentale, donc il n'y a pas de battements.
C'est très facile pour la quinte, un peu moins pour la tierce, assez difficile pour la septième, parce-que le jeu est haut-perché, mais cela redevient facile pour la neuvième, qui est à la quinte de la quinte...

L'accord des mutations est bien entendu indépendant du tempérament utilisé, du diapason, du facteur d'orgue ou de l'époque, il s'agit d'un accord purement mathématique qui ne comporte aucune approximation.

@Dulciane:

C'est bon pour les mutations de 16' et 32', mais vous avez oublié les neuvièmes, respectivement de 1'7/9 et de 3'5/9. geek
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Richaud

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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Sam 22 Oct - 10:09

Thomas G a écrit:
accorde t-on de la même manière une sesquialtera et une quinte et tierce séparées ?

Bien-sûr. Dans le cas d'une sesqui, on neutralise un rang et on accorde le second, comme pour un plein-jeu.

Il est plus facile de réussir l'accord d'une sesqui que celle des deux rangs séparés, parce-que plus les tuyaux sont proches, mieux ils s'entendent et se synchronisent naturellement. C'est ce qui fait dire à certains qu'un jeu de tierce en rangs séparés ne tient pas l'accord, alors que le cornet reste juste. C'est bien entendu complètement fantaisiste, les tuyaux étant mécaniquement les mêmes, il n'y a aucun prétexte de supériorité. Mais dans un cornet, les tuyaux sont très proches, et donc celui qui part "out of tune" est retenu par les autres: le problème est masqué, mais il existe bel et bien. Il suffit de neutraliser les autres rangs du cornet pour mesurer combien celui qui reste est faux, quelquefois d'un huitième de ton! affraid
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escolore



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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Sam 22 Oct - 14:16

Tout cela est bel et bon, nous revoici au point où on comprend la nécessité d'un tempérament français avec un max de tierces pures pour mériter d'avoir un registre de tierce 3 1/5 ou 1 3/5. Pour le nazard (ou la quinte) un tempérament germanique, voire égal fera l'affaire sans trop de battements célestes.
Bien sûr, un pythagoricien, c'est le top sauf pour moduler!

Au passage, on comprend pourquoi le tempérament actuel de St Maximin du Var, prévu pour démontrer qu'on peut jouer Bach sur un o. français classique, s'éloigne de la norme française traditionnelle. Il est vrai qu'il était accordé "égal" avant sa restauration et que le tempérament light retenu a évité les interventions excessives sur la tuyauterie.
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Richaud

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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Sam 22 Oct - 19:53

L'accord des mutations (les jeux harmoniques simples) n'ont absolument rien à voir avec un quelconque tempérament. Un "tempérament" c'est une façon de disposer les notes sur une octave, si il est égal, chaque note est à égale distance de la suivante, l'écart entre fa et fa# est le même qu'entre la# et si, que ré et ré#.... Faire varier un tempérament, c'est écarter plus ou moins certains demi-tons entre-eux, pour réaliser de "grands" intervalles plus justes et à fortiori des intervalles plus faux, mais que l'on acceptera comme moins gênants. Ainsi, on écartera mi de ré# pour que l'intervalle DO-MI soit juste, on reportera ce système sur les intervalles des tons voisins (ceux qui ont un # ou un b de plus ou de moins) et on rebouclera la boucle avec les intervalles sacrifiés, qui eux, contiendront en négatif toutes les irrégularités installées dans les intervalles précédents (quinte du loup ou autres horreurs) pour compenser et redonner une octave juste.
Mais ça, c'est la répartition des notes sur le clavier, c'est tout. Les mutations restent les simples multiples des notes qui leur donnent naissance, donc si le tempérament est inégal, elles le sont aussi, mais elles ne battent jamais avec la fondamentale.

Il s'agit bien de deux choses séparées.

On peut apprécier des tempéraments non égaux, parce-que certains acccords joués sont plus justes que d'autres et "sonnent magnifiquement" mais il suffit de transposer d'un demi-ton le même morceau pour que le public réclame la tête de l'accordeur. C'est intéressant pour un orgue de concert, ça l'est beaucoup moins pour une pompe à messe, où on transpose quasiment tous les cantiques...
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hv



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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Sam 22 Oct - 22:28

Alors là, pas du tout d'accord avec Mr DR.

Les jeux de tierces dans le tempérament égal, c'est un problème insoluble. Je m'explique : prenons l'exemple d'un accompagnement mg 8-4 : do-mi, et d'un chant avec 8-1 3/5 pour faire simple, on joue la note do pour le chant : le do du 8p est juste bien sur mais le mi joué par le 1 3/5 l'est aussi alors que le mi de l'accompagnement est tempéré, d'où une grande impression de fausseté.

C'est pourquoi, on privilégiera grandement les tempéraments inégaux (mésotonique) pour les compositions anciennes Swellinck par exemple où les montées de tierces mg sont légions comme dans la musique espagnole.

Un autre exemple à essayer : prenez un Cornet sur un T égal ( où les différents rangs sont accordés justes entre eux comme pour n'importe quel cornet), jouez une tierce : c'est redoutable !

Pour les quintes et nazards, le problème est bien moindre puisque les intervalles de quintes du T égal sont peu faussés.

Il est dangereux de faire croire que le tempérament n'a aucune incidence sur la musique. Jouer des auteurs anciens sur les orgues tempérés égal, c'est plat : souvent, on s'emmerde car le T ne vient pas relever les finesses d'écritures de l'auteur qui ne pensait pas en égal. A l'inverse, de la musique romantique ou moderne sur un T inégal, c'est abominable. Les T français privilégient les tierces alors que les T germaniques privilégient les quintes, c'est un fait et c'est pourquoi la musique baroque allemande se prête mieux au T° égal car les quintes sont peu fausses dans l'égal. Tant de recherches ont été faites en ce sens depuis une cinquantaine d'années qu'il serait dommage de les passer sous silence.

De même, jouez du Bach ou du Buxtehude sur un T français : c'est assez désagréable, voire de mon point de vue franchement dégueulasse. La remarque sur St Max est très pertinente à mon sens.

On ne fait pas tout et n'importe quoi sur n'importe quel orgue.... elephant

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Richaud

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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Sam 22 Oct - 23:21

hv a écrit:
Alors là, pas du tout d'accord avec Mr DR.

Je vous parle accord des jeux harmoniques, et vous me répondez tempérament... Il doit y avoir un fil sur le sujet, ou s'il n'y en a pas, vite, créez-le!

Bien sûr que la tierce juste ne correspond pas à la tierce jouée au clavier! c'est bien pour ça que j'expliquais comment on accorde les mutations.
Sur un cornet, on ne joue pas de notes en accord, parce-que justement les harmoniques étant renforcées (trois octaves, une quinteN et une tierceN) si on joue plusieur notes, c'est le brouillard total:
exemple: do1-mi1-sol1 joués ensembles sur un cornet de V rangs, nous donne:

Do1-Mi1-Sol1-Do2-Mi2-Sol2-SOLN2-SIN2-Do3-REN3-Mi3-MIN3-Sol3-SOL#N3-SIN3

Les notes suivies de N sont les harmoniques naturelles, les autres correspondent au notes du clavier. La vieille embrouille SIN-Do-REN-Mi-MIN, précèdée de Sol-SOLN, suivie de Sol-SOL#N-SIN (pour un accord de DO... Pas facile un SIN au soprano!) sera parfaitement dégueulasse, quelquesoit le tempérament., ou alors Sweelink se transforme en Messiaen. scratch

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escolore



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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Sam 22 Oct - 23:31

Dans certains tempéraments anciens, lorsque les tierces majeures sont pures, les mineures sonnent sensiblement comme une tierce majeure du tempérament égal. Ainsi, le jeu de tierce se trouve très supportable même dans le mode mineur. Sur un tempérament à quintes presque pures (égal ou "bien tempéré" à l'allemande) une note de tierce en taille accompagnée par un accord mineur est difficilement supportable (voir p. ex. chez Couperin).
On a même pu avancer que le tempérament égal avait aidé à la disparition des rangs de tierce séparée.
Naturellement, certains instruments de type "unit" négligent allègrement la notion de justesse, tirant des tierces et des quintes en plus des octaves d'une même série de tuyaux du 16 au 1 pied.
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Thomas G



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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Dim 23 Oct - 1:20

Pour en revenir à ma sesquialtera (un des jeux favoris de Beuchet), ça s'accorde donc comme un jeu de nasard et de tierce, et non comme un cornet. Pourtant cela ressemble déjà à un petit cornet, du fait que l'on ne peut séparer la tierce de la quinte (j'avoue ne jamais avoir compris sa réelle utilité à ce jeu indissociable).

Si la tierce et le nasard ne sont pas strictement la quinte et la tierce de la fondamentale à l'octave supérieure, n'y a t-il pas un risque à les mettre avec le plein-jeu ? (dans les petits instruments, on a souvent recours à ce procédé, surtout quand le plein jeu est au GO et que le monte sur le RE ou le POS).

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dulciane

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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Dim 23 Oct - 2:23

perso je ne mets jamais les cornets avec les plein jeux, c'est désagréable à l'oreille. juste en solo ou avec les anches.

et pour les neuvièmes je plaide la fatigue ms'ieur le professeur clown
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Richaud

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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Dim 23 Oct - 9:24

Thomas G a écrit:
Pour en revenir à ma sesquialtera (un des jeux favoris de Beuchet), ça s'accorde donc comme un jeu de nasard et de tierce, et non comme un cornet.

Le cornet s'accorde comme n'importe quel jeu. Du fait que c'est un registre où les rangs sont indissociable, on est obligé de neutraliser les 4 rangs de mutation pour accorder le bourdon (neutraliser veut dire "rendre muet", mais le tuyau reste à sa place et consomme normalement son air, en aucun cas on enlève de tuyau!, un simple goupillon placé dedans suffit, ou une feuille de papier glissée dans la bouche). Une fois le bourdon juste, on active un rang et on accorde les deux ensemble (première méthode, rapide mais peu précise), ou on neutralise le bourdon et on accorde le rang suivant sur la référence qui servira pour tous les rangs, etc... Cette dernière méthode qui a ma préférence permet d'avoir une référence éloignée du tuyau à accorder et donc moins influencée par celui-ci.

La sesquialtera est un cornet de principaux de deux rangs: Quinte 2'2/3 et Tierce 1'3/5. Effectivement, c'est allemand.
Le cornet français de deux rangs est composé de flûtes: Nazard 2'2/3 et tierce-flûte 1'3/5.
Le cornet peut avoir de 2 à 9 rangs (ceux que j'ai cités jusqu'à la neuvième).

On ne met pas de cornet dans une polyphonie verticale, ils ne servent qu'au contrepoint monodique. Dès que l'on ajoute des mutations, on est condamné à ne jouer qu'une seule voix avec le clavier. Les nordiques qui développent souvent un trio de voix indépendantes (Buxtehude, Bach...) utilisent des mutations, qui vont renforcer et colorer chaque voix, ils peuvent même se permettre de mettre des tierces dans les mixtures, c'est exploitable puisque leurs compositions le permettent.

Les jeux à mutations, de type sesqui, cornet, cymbales-tierces... ne sont plus exploitables dans la littérature à polyphonie verticale, de type Franck, ou Widor, les tierces étant incluses dans l'accord écrit. (Pour le coup, on se retrouve dans le cas que Escolore dénonce tout au long du fil: "les tierces et quintes issues d'un seul rang unit...", ben oui, quand on joue un accord qui comporte une tierce et une quinte du clavier, sur un simple jeu de 8'....C'est faux, et pourtant c'est la base de la musique polyphonique européenne.)

En résumé: une sonate en trio de Bach jouée sur trois cornets distincts, oui, la fanfare de Lemmens ou la marche pontificale de Widor, non, un duo de Michel Corette, oui, un choral de Franck, non. Facile. Après, vous mettez le tempérament que vous voulez pour les anciens, et un égal pour tous ceux qui modulent allègrement.
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escolore



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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Dim 23 Oct - 16:40

La sesquialtera c'est toute une histoire. D'abord, il arrive fréquemment qu'elle ne soit pas entièrement 2 2/3 + 1 3/5 mais que sa première octave soit plus aiguë 1 1//3 + 4/5 (ou 1 3/5). Ensuite, il arrive qu'elle soit de taille "principalisante" ce qui lui permet de s'ajouter éventuellement au plein-jeu.
De toute façon, le cornet est généralement un jeu de dessus de grosse taille qui lui, ne se mélange pas volontiers avec les mixtures.

Pour en revenir à ce que je remarquais plus haut, si le tempérament est égal ou avec des quintes assez pures, la sesquialtera même principalisante apportera des battements souvent indésirables dans le plein-jeu. C'est pour cela qu'elle a toute son utilité comme soliste (Montre+ sesqui, Prestant+ sesqui etc.). Même principalisante, on peut s'approcher de l'effet d'un "jeu de tierce" français en la mélangeant avec des flûtes (Bourdon, Flûte4, Flûte2, Sesqui...)

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escolore



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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Dim 23 Oct - 16:57

Richaud a écrit:
Thomas G a écrit:
Pour en revenir à ma sesquialtera (un des jeux favoris de Beuchet), ça s'accorde donc comme un jeu de nasard et de tierce, et non comme un cornet.

Les jeux à mutations, de type sesqui, cornet, cymbales-tierces... ne sont plus exploitables dans la littérature à polyphonie verticale, de type Franck, ou Widor, les tierces étant incluses dans l'accord écrit. (Pour le coup, on se retrouve dans le cas que Escolore dénonce tout au long du fil: "les tierces et quintes issues d'un seul rang unit...", ben oui, quand on joue un accord qui comporte une tierce et une quinte du clavier, sur un simple jeu de 8'....C'est faux, et pourtant c'est la base de la musique polyphonique européenne.)

En résumé: une sonate en trio de Bach jouée sur trois cornets distincts, oui, la fanfare de Lemmens ou la marche pontificale de Widor, non, un duo de Michel Corette, oui, un choral de Franck, non. Facile. Après, vous mettez le tempérament que vous voulez pour les anciens, et un égal pour tous ceux qui modulent allègrement.

Nous revoilà avec les vieilles confusions entre mutations et mixtures que l'on croyait disparues.

La cymbale-tierce est une mixture. Les jeux de mutations sont plus généralement en rang séparé en France.
Par contre dans l'écriture verticale -donc harmonique et non pas polyphonique- l'usage du XIXè siècle consiste à ajouter le dessus de cornet pour obtenir un fff. (cf. Th Stern)
Toujours au XIXè siècle, les jeux de mutations (nazard ou octavin) servaient souvent à colorer le fond d'orgue.
Ex Fond de Nazard= tous les fonds (16) 8,4 + 1 nazard.

Pour les sonates en trio, je doute que J.S.B. ait disposé d'instruments avec 3 cornets séparés. Tout au plus disposait-il de mutations variées en nombre et composition mais très rarement (ou peut-être pas du tout, il faudrait relire les archives) d'une tierce séparée à la basse.
C'étaient les classiques français qui disposaient des mutations formant jeu de tierce à la pédale dans les très grands instruments. ACC n'a fait que poursuivre la tradition à NDP surtout.


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Thomas G



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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Dim 23 Oct - 17:06

Mon problème est le suivant : sur un orgue j'ai GO : Plein jeu
RE : sesquialtera ou nasard tierce

Puis je faire des effets d'echo dans des oeuvres comme la toccata en ré mineur dorienne ?

Sur certains orgues, à l'oreille ça marche. Comment est-ce possible ?

En effet, sur les Cavaillé-Coll, on peut parfois mettre le nasard à défaut de mixture pour jouer Bach.

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Thomas G



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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Dim 23 Oct - 17:13

En plus, le cornet sert bien en polyphonie dans le grand jeux à la française (voire en grand choeur).

C'est vrai qu'il est tellement étouffé par les anches dans ce cas, et sert à compenser les anches dans l'aigue moins fortes quand dans le grave.
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Richaud

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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Dim 23 Oct - 19:48

Citation :
Nous revoilà avec les vieilles confusions entre mutations et mixtures que l'on croyait disparues.

Il n'y a pas de confusion. Un jeu de mutation, c'est en principe un rang unique, sans reprise d'aucune sorte et donnant l'un des harmoniques sujet de ce fil. Si on a plusieurs rangs, donc on inclut dedans les Sesqui (en principaux), les cornets, les fournitures, les plein-jeux et cymbales de toutes natures, on a des mutations composées, qu'on généralise souvent sous le vocable "mixtures" qui ne veut strictement rien dire.

Il existe deux façons de concevoir les mutations et les mixtures: soit elles sont dominantes (en puissance) et elles sont à l'usage de jeux solistes, soit elles sont corroboratives, donc faibles et servent uniquement à colorer subtilement d'autres jeux.

Alors on a des mutations ou des mixtures violentes et souvent d'une utilisation restreinte, telle que certains facteurs nous abreuvent surtout en France, où il est de bon ton que les mixtures couvrent tout l'orgue et décollent le crépi de la voûte...On connait beaucoup moins les mutations corroboratives, telles que les a utilisé Cavaillé, y compris à Notre-Dame, mais aussi Merklin, et telles que je les ai réalisées à Saint Vincent de Paul (batteries jusqu'à la septième en 32', 16', 8' destinées à épauler les fonds de 32-16-Cool. Il n'existe que très peu de mixtures corroboratives en France, alors qu'elles sont généralisées en angleterre, et fréquentes en Allemagne et aux US, et à ma connaissance, il n'y pas de "Cornet des violes" chez nous, c'est dire que la culture organistique en France a encore des progrès à faire.

Note à benêts: (ou à Nioubs) lol!

Une mutation simple comporte un rang sur l'étendue du clavier, homogène. On peut y inclure les jeux de 2' (Doublette ou Octavin) mais ce n'est pas une généralité.
Une mutation composée comporte plusieurs rangs, au moins deux, toujours sans reprises, sauf chez les italiens (Cornettino). La série des harmoniques y est en général ordonnée, sans trou... Sauf que le cornet V rangs est correct (8/4/Q/2/T), alors que le cornet VI rangs ne l'est pas (8/4/Q/2/T/1), le Cornet VII rangs pas toujours (8/4/Q/2/T/L/7 ou 8/4/Q/2/T/7/1) mais le cornet VIII rangs est à nouveau correct (8/4/Q/2/T/L/7/1)
Une mutation avec reprises: la tiercelette 4/5'-1'3/5, et sa cousine la quintaltera 1'3/5-1'1/3, sesqui à l'envers.
Une mixture est en quelque sorte une suite de mutations volontairement incomplète, qui ne se réfère pas à une seule fondamentale. Les reprises ne sont pas obligatoires, les allemands les appellent Rauschmixtur.
Ainsi, une Rauschterzmixtur, comportant Quinte, Doublette, tierce est considérée comme une mixture, alors que c'est un cornet...de principaux!
Je ne m'étendrai pas sur les mixtures sans tierces ni septièmes, ce n'est déjà pas le sujet, mais en plus on en trouvera autant que d'orgues, ou presque! Il n'y a aucune généralité dans ces jeux, déjà du temps de Dom Bedos, qui en cite plein d'exemples pour dire qu'il n'y a pas de standard.
On trouve des mixtures de flûtes, de Gemshorn, de gambes, avec ou sans tierces, des cymbales de principaux avec des tierces mineures et des harmoniques 15 et 17, le champ est vaste.
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escolore



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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Lun 24 Oct - 9:38

Je conçois que l'on puisse être tenté de créer des dénominations nouvelles, voire de franciser des expressions anglophones.
Il reste que le terme "mixture" est en usage chez les meilleurs o. compositeurs français qui pourtant ont connu l' o. américain (Dupré, Tournemire etc.)
Le jeu à bouche de 2 pieds ne fait jamais partie des fonds ni chez ACC, ni à l'époque classique, ni chez Dupré.

Il y a eu des tentatives de confusion de langage: cornet décomposé au lieu de jeu de tierce, grand choeur léger au lieu de ?, confusion entre grand clavier et grand jeu etc. ces expressions sont particulières à une chapelle et marquées par leur époque.

L'école française raisonne par ensemble de jeux: les fonds, les anches, le plein-jeu etc. L'école germanique par jeux individuels, de là la difficulté à inclure des jeux de tradition extérieure à la France dans nos dénominations collectives.
Où classer une harmonia aetherea, un quintreseptnon etc. ?
La cymbale-tierce a sa place parmi les mixtures à cause du cas particulier de Gimont...

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Richaud

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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Lun 24 Oct - 12:48

escolore a écrit:
Où classer une harmonia aetherea, un quintreseptnon etc. ?
La cymbale-tierce a sa place parmi les mixtures à cause du cas particulier de Gimont...

L'harmonia aetherea est une mixture corroborative spécialité de E.B. Walker, l'autre m'est totalement inconnu mais on peut supposer que c'est la même chose que l'Aliquot ou le Théorbe de Guillou, des mutations composées.

L'orgue de Gimont a été construit par Schmidt, qui était allemand, donc rien d'étonnant à trouver une tierce qui traine dans la cymbale.
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escolore



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MessageSujet: Re: Et si on parlait Harmoniques?   Lun 24 Oct - 14:06

Cependant, la tierce (avec reprises) dans le plein-jeu était bien connue des français: le dictionnaire de Thomas Corneille (XVIIè s) l'atteste. Le plus curieux, c'est que Rousseau recopie textuellement Corneille un siècle plus tard avec une tierce dans son plein-jeu!
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