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 Encore du Monnot

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hypérion



Messages : 371
Date d'inscription : 03/11/2009
Localisation : Paris

MessageSujet: Encore du Monnot   Lun 30 Nov - 23:59

En écrivant le message précédent, je me remémorais la première fois où j'ai entendu mon jeune camarade, au CNSMDP, pour un concert organisé dans leur cycle d'étude : assistance de 12 personnes, pas de professeur...
Texte envoyé à l'époque à Dialorgues sur Yahoo.

Jeudi 23 mars 2006

Peut-être que Colette s'en souvient, puisque nous l'avions croisé en descendant de la tribune de Saint-Eustache... Le garnement a le cheveu fou et frisotté et l'oeil malicieux : pire encore, il a des doigts et des pieds en or massif !


Le jeune Jean-Baptiste Monnot, même pas 25 ans, au conservatoire national supérieur avec Olivier Latry, donnait ce soir sur l'orgue du conservatoire, un concert qui fait partie de son cursus et du cycle de concerts de l'établissement. Son passage à Zürich avec Guillou a laissé des traces vives et réjouissantes : il a tout d'un Guillou jeune ! La virtuosité digitale et pédestre est déjà là, bien en place, sûr témoin d'une technique imparable... En plus, on sent que tout le reste va venir : la profondeur de l'inspiration, la retenue du phrasé, l'épanchement volcanique, l'élégance et l'art suprême de sculpter la phrase et d'en donner son appropriation...

Le garnement s'attaquait à quelques monuments issus de la plume de Guillou, du transcripteur comme de l'auteur.

Ouverture avec la transcription de la "Sonate en trio" de l'"Offrande musicale" : un incroyable condensé de difficultés techniques qui sonnent avec l'élégance incroyable et la grâce incomparable des plus beaux contrepoints de Bach. Les pieds s'en donnent à coeur joie et feraient presque passer les 6 "Sonates" traditionnelles pour d'aimables ariettes ! L'arpète s'en tire haut la main, jouant tout de mémoire avec une légèreté des timbres et des mouvements qui n'empâte en rien cet aérien entrelacs sonore...

Poursuivre avec la transcription de l"Adagio et fugue" de Mozart montre le niveau du gamin : "Adagio" comme libéré des tensions qui l'habitent, sans théâtralité exagérée, profond mais concis, d'une absolue nécessité. La "Fugue" est d'une modernité incroyable et tisse une hallucinante architecture sur le thème lui-même, le mêlant à ses propres renversements, greffant sur ses reprises rétrogrades, son extension, sa compression et finalement bâtissant une progression dramatique effroyable, que la décharge des quelques accords
irrémédiables, clôt de façon péremptoire et fatale !


Petite sucrerie pour enchaîner : la transcription de l'"Allegro" de la "Symphonie pathétique" de Tchaïkovski ! La chose dure 10 bonnes minutes et ne tombe pas en dessous de la double croche : rien ne faiblit et le rythme résolu et définitif emporte l'auditeur dans une sorte de tourbillon d'enthousiasme absolument irrésistible ! Cette transcription rend heureux ("Prométhée" confronte aux forces démoniques, "Orphée" rend amoureux, "Petrouchka" dépayse, la "Toccata" de Prokofiev transcende, les "Danses symphoniques" de Rachmaninov tétanisent...) et ne peut qu'emporter l'adhésion ! L'organiste virevolte littéralement au dessus de ses claviers, en change à chaque mesure, atomise la registration tant les thèmes se succèdent à une vitesse incroyable... C'est un feu d'artifice !

Pour conclure, Monnot
s'adjoignait le talent de son comparse Mathias Lecomte au piano (il est aussi organiste) pour le "Cinquième Colloque" de Guillou pour piano et orgue. Il est étonnant de constater que l'orgue n'est pas le mieux loti du duo : la partie de piano est bien plus étoffée et riche. L'orgue gagne en vigueur percussive et le piano en richesse harmonique : leurs natures s'inversent, leurs timbres se mêlent et se confondent en d'étranges échanges qui remettent en cause notre perception des deux protagonistes. Les dialogues et les joutes, les altercations vigoureuses et les tensions exacerbées mènent, peu à peu, à un de ces déluges rythmiques à la puissance tellurique que Guillou réserve souvent à ses auditeurs.


Des telles démonstrations de puissance et de fracas primitifs dévoilent la véritable nature de l'oeuvre de Guillou qui se confronte, finalement, aux forces les plus rudes, aux énergies les plus vitales ! Il y a une ardeur irrésistible qui fait que chaque oeuvre est une décharge brusque de vitalité. Là encore, piano et orgue conjuguaient leurs puissances respectives pour conclure, dans un trille de
piano battu d'accords arrachés de l'orgue dans toute sa puissance, par l'irrémédiable démonstration de la capacité de la musique à convoquer toutes les métaphores et toutes les images : volcan en éruption, foudre, déplacements tectoniques !


Cette musique dilate la perception humaine : elle ouvre sur bien plus grand que nous et nous confronte à notre petitesse !
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Michel Chazot
Admin
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Messages : 385
Date d'inscription : 02/11/2009
Localisation : Rhône-Alpes

MessageSujet: Re: Encore du Monnot   Mar 1 Déc - 12:40



Voila une photo de Jean-Baptiste, devant la console "mobile" de Saint Eustache. Je transmet aussi le site du jeune artiste :

http://jeanbaptistemonnot.chez.com/index.html

Vous y trouverez des photos, des dates, mais aussi quelques youtuberies.
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Encore du Monnot
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